
Nous ne vous attendions plus mais de votre présence enfin nous étions comblés. Vous ne vous souvenez pas ? Non bien sûr. Votre élégance plaisait, vous étiez charmant comme un bouquet de violettes. Dans l’air flottait votre impatience et derrière la vitre dépolie la couleur vive d’un manteau qui n’arrivait jamais. Brillant, vous n’en étiez pas moins l’amant pauvre d’une belle captive. J’étais moi tristesse et silence et c’est à cette vérité que vous étiez lié, vous l’amoureux de quelques jolis printemps. Les lettres changent. Elle reste cette couleur tendre et claire dans les yeux des amants tristes.
dimanche 2 mars 2008
... Habillée en vert salade !
lundi 25 février 2008
Mémoire chocolat

Bain de silence. Goût chaud dans la bouche, corps parfaitement détendu. Que la minute suivante jamais ne soit. Le cœur souffle sur l’âme pour qu’elle ne s’épuise ; la rumeur monte. Chaos. Je garde les yeux bien fermés. Ne pas voir avant d’avoir remis les choses en place. Quelque chose attendait certainement que je sois dans la minute suivante. Pourvu que je n’aie pas à parler… Une chanson légère, histoire de chocolat. Un goût chaud dans la bouche. Un parle à l’autre quelque part. C’est éteint. T’es-tu endormie sur mon bras ; il faut dormir encore pour ne pas te réveiller. Je veille sur ton sommeil. Tirer la couverture sur ton petit corps chaud. Je cherche dans ma gorge pour faire glisser le goût chaud du chocolat et ta respiration. C’est éteint. Je me souviens que je devais tourner la page. Quel âge as-tu ? Non je ne vous entends pas. Débrouillez-vous sans moi. J’ai du oublié d’ôter mes lunettes. Je dois tenir tant que tu ne bouges. Ils ne doivent pas m’emmener, n’est-ce pas ? Ils comprendront bien. Les notes et not…
dimanche 24 février 2008
Porte close

L’aube timide se lève sur la colline. La pointe du chemin au loin s’incline légèrement avant de s’enfoncer dans le bois qui borde le ruisseau. Il faut tourner, puis remonter encore quelques mètres vers la croix. J'aperçois la ferme. Les fossés ont été nettoyés en prévision des pluies de printemps. Peut-être… Tout juste le temps de reconnaître un crapaud avant qu’il ne regagne son abri de terre. Je devrais couper à travers champs, longer le ruisseau et regagner mon présent, avant qu’il ne soit trop tard. Je me laisse faire. Les saules aux pieds raccourcis sous leurs corbeilles d’osier restent pris par la brume. J’imagine que tu n’es plus là et je continue comme si nous devions revenir, traverser le temps et reparaître. La porte va s’ouvrir et l’odeur de pain grillé emporter nos ombres vers d’improbables petits-déjeuners. Es-ce mon ombre, es-ce la tienne ? Je me souviens du vide et du désarroi qui s’ensuit, le découragement remonte par vagues successives. Je devrais dire simplement que je n’ai jamais retrouvé le chemin qui aurait pu me conduire vers toi. Il serait plus juste de dire qu’il est envahi de ronces et qu’au bout est notre désolation. Pluie.
mardi 5 février 2008
Trognons de pomme

Il se souvient de la lumière sous les feuilles en clair-obscur. Plongeaient en raids organisés dans les nichoirs, des armées de passereaux. Telles des breloques s’agitaient sous les assauts des petits criards, les maisonnettes débordant de graines et de saindoux, de pommes tavelées. Il se souvient avoir passé des heures derrière le halo des carreaux, près du chat, tentant d’adoucir de ses caresses appuyées l’instinct carnassier, la tension ponctuée de frissons et les « mouek-mouek » frustrés de la pauvre bête. Au bout d’un temps, désorienté et fatigué ils ont dû abandonner la partie, les deux félins, rassasiés qu’ils étaient du spectacle des proies en désordre et d’un excès de poésie. Mâle échange, entrecoupé du bâillement lascif des lions près de s’endormir quand les autres sont sur le réveil. Elle, elle se souvient d’autres choses, comme de la porte qu’il fallait soulever à cause d’une panne de rabot et du mauvais bois qui sifflait et claquait dans la cheminée, de la peinture qui s’écaillait et des tâches d’humidité qui noircissaient les plâtres et pourrissaient les plinthes, du jardin enfin méconnaissable à travers les vitres sales. Elle se souvient qu’ils étaient décalés tous les deux. Il se souvient de la vie autour de lui et du temps qui passe plus vite aujourd’hui. Elle ne se souvient plus de rien. Elle regarde la lumière sous les feuilles en clair-obscur et les oiseaux qui plongent leur tête dans le saindoux. Elle caresse le chat et le chat ronronne. Il se souvient. Elle a oublié.
lundi 4 février 2008
Fan'

Ils se sont mariés ce soir. Elle et son mari, ils ont parcouru les massifs de roses rouges et du bout de leurs petits doigts coquins, ils en ont fait des confettis... C'était une merveilleuse et très grand fête. De vrais pétales de roses parfumés par poignées entières. Ils criaient pendant qu'il jetait dans ses cheveux de la joie bien éclose. Le grand sapin bleu lançait dans les airs ses grands bras, entrainant le printemps dans les aigüs, et les volubilis à l'assaut des clématites. Ils ont dansé à petits pas comptés dans l'herbe grasse et la mousse fraîche. Leurs rires enlaçés se moquaient bien des grandes personnes. Elle et lui... Dans l'air chargé, ils ont lancé à toute allure une farandole du bonheur et ils étaient sûrs qu'elle serait plus forte que tout. Cela a duré le temps des roses.
Ils se marièrent et eurent de nombreux grands parents...
vendredi 1 février 2008
Antigone

Il y a quelque chose de terrible en moi. Une implacable mécanique me voue aux gémonies selon un scénario qui se répète à l’infini et finit par provoquer en moi autant d’indifférence que de lassitude. Je suis l’élue. Comme une rose au pied des vignes, je porte les stigmates que les vicissitudes de la vie destinaient à vos âmes fragiles. Je fais miens vos plus violents combats. Je suis votre souffrance, j’implore votre pardon. Un destin funeste m’attend. Je vous l’avoue pourtant : les murs les plus hauts, les abîmes les plus profonds rongent vos mains, plus qu’ils ne m’isolent. Vos plaies sont le prix de vos silences et ma mélancolie.
mardi 29 janvier 2008
Pas paumés

Je pose un pas devant l’autre. C’est ce que je me dis. Je pose un pas devant l’autre. Dans dix minutes, j’ouvrirai la porte du 27 et je prendrai l’ascenseur. La secrétaire ouvrira la porte et je sentirai l’odeur du café tiède. Pour l’instant c’est tout pareil… Posé en retard quelle que soit l’heure, le plaisir de l’effraction quotidienne, le gage d’entrée, le droit de jouer quelques minutes encore. L’humidité stagne sur le terrain vague, les longs peupliers mènent tout naturellement vers l’horizon et l’horizon soleil carmin. Au bout de l’avenue il y aura le pont, celui qui m’emmène de l’autre côté… Les ponts traversent. Ils déroulent leurs pavés sous les passants et les passants jettent au petit matin leurs flots de nostalgie par-dessus bord. La nostalgie coule alors lentement vers la mer jusqu’au soir et moi je pose un pas devant l’autre, laissant glisser mes doigts sur le parapet froid, à tout hasard et parce qu’il n’y a rien d’autre à faire que de suivre lentement le cours des minutes qui mènent du pont aux jardins endormis et des jardins à la grande rue. Je compte les fenêtres éclairées puis les capotes égarées, pauvres limaces débiles. La haute cheminée balance son dernier coup de langue sur la toile, les autos crachent leur mauvaise humeur sur les trottoirs. Ce soir il faudra tout recommencer. Café !
mercredi 23 janvier 2008
Envie de sang sur les murs...

Dans une ville surgie du désert, à cinquante kilomètres de l’aéroport de Reno Tahoe, Nevada, au rez-de-chaussée de la Sphinx Tower sur Budl Avenue, une des principales artères de Cocoon’s Village, se trouve la salle aux papillons. Ici arrivent chaque jour, en provenance des forêts, montagnes, prairies et îles du monde entier, en toutes saisons, les précieuses cargaisons de papillons. Soigneusement rangés dans de grandes boîtes hermétiques, les insectes sont délicatement fixés entre des feuilles de polystyrène expansé. Dans une atmosphère sèche et chargée de naphtaline Zeldaï, à longueur de journée, recueille patiemment les écailles des papillons. Chacune des femmes qui travaillent chez Miss Butterfly & Girls assure le tri et la collecte d’une teinte dont elle maîtrise à la perfection les multiples paramètres. Ainsi, Zeldaï possède en mémoire les densité, intensité, épaisseur et adhérence de plusieurs dizaines d’espèces différentes recherchées pour le bleu de ceruleum qui fit dans les années trente la fortune des actionnaires de la Wordwide Cosmetic Cie
mardi 22 janvier 2008
Bois béni

Mille fois vous êtes passés près des grands bouquets de petites feuilles vernies sans jamais ralentir. Pourtant, si vous m’accompagnez vous irez seul ou m’attendrez. Je vous conterais les hordes de lutins sauvages dans la forêt, les cris de guerre et les ruses de sioux, les flèches parfumées des archers du roi surtout, taillées dans le buis...
Le vieil homme auquel je pense n’en a jamais vu pousser les touffes dont il avait tiré au cordeau une jeune haie. Il eût cependant l’idée de m’y faire porter le visage plus près. Depuis lors, leur parfum pousse en moi et ma raison déraisonne si les effluves d'un buisson de buis non loin, vient à toucher ma mémoire.
Aujourd'hui, elles sont un carré de moi les ombres des buis noirs et cuivre qui ornent été comme hiver la pierre qui recouvre la tombe de mon grand-père.
lundi 21 janvier 2008
Indigence

Moi je n'ai pas de main. Je veux dire... J'ai deux mains comme vous mais c'est comme si je n'en avais pas. Si j'en retire des ongles le vernis c'est juste pour ne pas voir les lunules, trop pâles : je ne fais simplement rien de mes deux mains. Les objets semblent vouloir mieux se briser ou se perdre, échappent à toute tentative d'emprise. La tendresse ne semble pas chez moi devoir s'en emparer et si d'aventure ces mains devaient vous approcher, jamais elle ne vous toucheraient. Disons qu'elles sont impropres à toute manipulation, j'ose à peine imaginer la forme que pourraient prendre le plus maléable matériau sous leurs doigts si malhabiles. Un tel condensé de maladresse laisse toute ébauche d'action à l'état de mauvaise idée. Sans doute il n'est pas exagéré de les comparer à deux infirmes n'eut été leur apparente réalité qui m'épargne tout de même la souffrance de devoir apparaître telle : je ne suis qu'une danseuse.
jeudi 17 janvier 2008
La note sensible
Vos yeux posés sur moi. Regards insaisissables. Attirée par l'ombre majestueuse projetée sur ma note sensible, j'attrape au vol des mots infiniment trop beaux pour moi. Le savez-vous, ce qui se joue n'est que l'air de rien, une chansonnette qui nous emporte loin comme la houle perd parfois les voiles les mieux entraînées. J'aimerais avoir le courage de vous dire que tout au bout du bout du bout de tout histoire se lit la fin, que nos efforts sont vains et que le meilleur reste à écrire... Je me perds en chemin et comme chaque note appelle sa suivante je veux jouer encore à vous dire un mot puis un autre. Finalement, je m'oublie, empêtrée dans mes accords majeurs et des accords mineurs.
Finalement, je réussis encore à ne vous dire rien.
lundi 14 janvier 2008
Je dérive...

Au petit matin, une volée de cloches diffuse à travers l’épaisseur de la brume étale son provocant appel à la vie. Traversant les toits du village, l’Angelus soulève légèrement la voile qui flotte autour de mon lit. Ma frêle embarcation traîne pour moi la douceur des rêves d’une journée sans faim, une toute petite vie en filigrane.
D’une flûte à tête de chat, un très vieil homme étire à l’infini une mélodie savante entraînant dans les profondeurs du lac le noir plumage d’un cormoran. Longtemps après que le ciel ait avalé la dernière onde l'oiseau ressurgit, puis libéré de son étreinte, plonge et replonge. Ballet sans fin.
Sous le ciel parme se glissent des entrechats d’ombres chinoises.
J'emporte loin le roucoulement des pigeons. Laissez-moi dormir à présent. Il est tard et j'ai sommeil. Toute à l'heure sera un autre jour.
samedi 12 janvier 2008
Comme neige au soleil

Le silence a vidé les mots, l’absence a figé le geste. Nous ne sommes simplement plus là. Les voix du passé sont mes passagères clandestines et la poussière s’enfonce chaque jour plus profondément entre les touches du piano ; les arbres du jardin se dessèchent en un reproche tordu. Certainement… Il faut partir maintenant car la place est déserte.
Il reste deux verres et une bouteille de Gevrey-Chambertin 1998. Ce serait un vin de paix pour que les cœurs partent légers. Laissons alors la neige recouvrir le passé et le printemps reprendre nos vie...
mercredi 9 janvier 2008
Gare de Lyon, deux minutes d'arrêt

Du haut de ma chambre du deuxième, j'entends la vieille débiter ses cartes musicales. Deux trois petits airs tristes, toujours les mêmes et un autre un peu plus gai, qu'elle garde pour les jours de foire. J'écoute son sourire des mauvais jours. Les touristes doivent aimer parce qu'elle revient tout le temps là. En face, assise sur sa chaise en équilibre sur le mur du balcon, la voisine qui se fait griller la cervelle à travers son gros oeil dilaté. L'autre, elle se l'est fait picoré par un charognard, de passage au dessus du champs sur lequel on l'a récupérée, à demi-morte, toute mioche encore. Une histoire de guerre ou quelque chose comme ça. C'est pas de chance parce que l'autre a l'air plutôt clair et elle aurait pu plaire peut-être. Entre les deux, la voisine du premier. Les cheminots l'ont rebaptisée Micheline à cause de son légendaire système pneumatique.
Moi, je ne connais personne sauf Paul. Il m'amène la came et me balance les histoires du quartier avant de récupérer le tas de billets sur la table. Je sais que c'est Paul parce qu'il frappe. Les autres je les entends pas. J'ai vaguement compris que je suis une pute...
lundi 7 janvier 2008
Chut...

J'avais des mots sur toutes mes étagères et à tous les étages, dans mes tiroirs, des mots que j'avais ramassés au pied de l'immeuble, des mots de bidonville et des mots-néons perdus dans des flaques d'eau, jusque dans mes bottes, j'avais des mots. Dans mon assiette, ils avaient refroidi. Je les avalais de travers et je finissais de les manger dans mon lit. J'en ai vu des trop hauts que je pouvais pas attraper pas même avec une perche... Sale verbe ! D'autres qui claquaient et moi je flottais au milieu parce qu'ils étaient trop grands, évidemment. J'avais des mots givrés, des bonbons-mots, des qui dégringolaient et je m'affolais, à cause des bas-mots, des primo et des mots comme ça... Tout mous. Et sur ta bouche je les voyais pas mais je sais qu'il y en avait. En fait, je crois que j'aurais pu dire n'importe quoi.
Mais j'ai baissé les yeux et je me suis tue.
